#Bac2016 : le sujet de l’épreuve de français des bacs pros

Comme chaque année à cette même époque dans les grands médias, il n’y en a que pour la philo (ou presque). Un peu comme si tous les enfants de tous les parents de France étaient inscrits dans la filière générale. Sauf que 28% des candidats au bac sont des lycéens professionnels, contre 52% de généraux et 20% de techno…

Une discrimination qui ne passera pas par #MonCarnet 😉 Voici donc le sujet de l’épreuve de français des candidats au bac professionnel et au brevet des métiers d’art (selon le service de presse du ministère) (#oups).

Les candidats ont 2 heure 30 pour plancher, le coefficient est de 2,5.

Objet d’étude : Identité et diversité

> Texte 1 : Bernard Ollivier, journaliste français, a entrepris un voyage à pied de 12 000 kilomètres, sur la Route de la soie, en quatre étapes. Au terme de sa troisième étape, il est arrivé en Chine.

« Le petit homme en m’apercevant se précipite vers moi, une main tendue, un grand sourire éclairant son visage. Il me lance une phrase, sans doute de bienvenue. Je ne comprends pas, mais touché par cet accueil qui ne s’embarrasse pas de salamalecs1 compliqués, je lui lance, en français : – Merci pour ton accueil. Moi aussi je suis ravi de te rencontrer. Surpris, il marque un temps d’arrêt puis éclate d’un grand rire communicatif. – Bernard, dis-je en pointant l’index vers ma poitrine. Il fait de même et je comprends un nom que je connais déjà : « Lio », qui en réalité s’écrit Liu. M. Liu. En Chine, on ne désigne jamais quelqu’un par son prénom, seules sa mère et sa femme – éventuellement ses frères et ses sœurs – peuvent le faire. Le nom de famille est précédé de « Monsieur ». M. Liu me désigne la maison et me fait signe de venir avec Ulysse. […] La présence de cet homme au visage bienveillant me rassure. En sa compagnie rien de fâcheux ne peut m’arriver. Comme je le rejoins sur la terrasse, sa femme, une grande Chinoise maigre passe près de moi et me jette un regard de méfiance arrogante. Ce regard-là, je le connais bien. Ce qui m’enthousiasme, c’est la figure si profondément avenante de M. Liu. À l’instant où l’on s’est dit bonjour, j’ai su que ce serait une belle rencontre comme j’en attends depuis le passage de la frontière. Elle se fait in extremis … La maison, en L, comporte dix pièces indépendantes entre elles. Certaines n’ont qu’une porte et la fenêtre a été murée. Mon hôte revient avec une théière, et passe alors entre nous un courant fort : une attraction vive, une sorte de fusion de sympathie, un coup de foudre amical. Durant deux heures, je « bavarde » avec M. Liu sans comprendre un mot de chinois. Liu n’a pas, de l’anglais et du reste, la moindre lumière. Et pourtant nous échangeons, nous nous comprenons. L’empathie réciproque est si absolue et nous sommes si attentifs l’un à l’autre que nous inventons un langage. Il parle chinois et moi français. Mais chaque intonation, chaque mimique, chaque signe compte. Notre dialogue fait feu de tout carburant : grimaces, expressions. Nous communiquons, d’inconscient à inconscient… Et le sable que le vent a apporté sur la terrasse nous sert de tableau noir. »

Bernard Ollivier, Longue marche. Le Vent des steppes (2003)

Définitions fournies aux candidats : Salamalecs : politesse exagérée. Ulysse est le chariot qui transporte les bagages de Bernard Ollivier. Avenante : accueillante. In extremis : à la toute fin (du voyage).

> Texte 2 : Françoise Grenot-Wang a arpenté la Chine en long et en large comme guide interprète. Elle est ici parmi le peuple des Miao, l’une des minorités ethniques de ce pays.

« Au bout d’un certain temps, ces agapes se prolongeant un peu trop, je pars me promener entre les vastes maisons recouvertes d’écorce de bois sombre où pousse par endroits une mousse vert clair. Quelques fillettes aperçues à l’arrivée s’approchent timidement et d’autres sortent les unes après les autres des maisons pour venir voir cette étrange femme qui ressemble si peu à leurs mamans. Elles ne sont jamais sorties de leur village et ne connaissent que les habitants des montagnes alentour. D’après le paysan qui m’a reçue chez lui, aucun étranger n’est jamais venu ici. Lui-même n’en a jamais vu, à part une ou deux fois sur l’écran du poste de télévision en vente dans un magasin à Danian. Les petites filles sont un peu effrayées au début, mais la curiosité est la plus forte, elles s’approchent peu à peu et finalement m’entourent en riant sur le tronc de sapin sur lequel je suis assise. Elles portent toutes un costume traditionnel de couleur claire, un peu sale et usé. […] Les fillettes m’étonnent par la douceur et la gentillesse de leur comportement, malgré l’étrangeté que je dois avoir à leurs yeux. Comme elles ne comprennent pas un seul mot de chinois et moi pas un mot de miao, nous nous observons mutuellement avec un plaisir partagé. Elles sont toutes jolies dans leurs costumes aux teintes claires. J’exécute quelques mouvements de danse, ce qui les fait rire aux éclats, et elles se mettent à danser aussi. La glace est brisée. Elles n’ont plus peur. Elles dansent avec moi en gesticulant dans tous les sens en imitant mes mouvements. Fatiguée, je m’assois sur un tronc d’arbre posé à même le sol et elles s’approchent, familières et parfaitement à l’aise. Je leur montre mon nez, mes yeux, ma bouche et je leur dis le mot en français ; elles répètent et me donnent le terme miao. Je note sur un carnet la transcription de ces mots. C’est mon premier cours de miao. Elles me montrent leurs mains, leurs pieds, la maison en bois juste à côté et me disent le mot dans leur langue, en riant de plus en plus fort. Tout en notant les sons chantants de cette langue si différente de toutes les langues d’Asie que je connais, je ris moi aussi en regardant mes nouvelles amies en guenilles. Malgré la pauvreté générale de ce village, elles respirent la joie de vivre. Sans m’en rendre compte, celle-ci s’est communiquée spontanément à moi et me procure un sentiment de gaieté légère et insouciante, que je n’ai pas éprouvé depuis longtemps. »

Françoise Grenot-Wang, Au cœur de la Chine, Une Française en pays Miao (2007)

Définitions fournies aux candidats : Agapes : festins.

> Document 3 : Entre 2001 et 2007, Titouan Lamazou, artiste peintre, dessinateur et photographe, a parcouru les cinq continents pour réaliser des portraits de femmes. On le voit ici peindre le visage d’une réfugiée lors d’une séance de pose au camp de Goz Beïda, au Tchad. Il entend par son travail promouvoir l’autonomie des femmes et l’égalité des sexes. À ce titre, il a été nommé Artiste de l’UNESCO pour la paix (photo ci dessous, copyright Titouan Lamazou).

Titouan Lamazou

>> Évaluation des compétences de lecture (10 points)

Présentation du corpus

Question n° 1 : Présentez le corpus en trois à six lignes en montrant son unité. (3 points) Analyse et interprétation

Question n° 2 : Texte 1. Comment Bernard Ollivier fait-il partager la richesse de cette rencontre à son lecteur ? (3 points)

Question n° 3 : Textes 1 et 2 et Document 3. De quelle manière chaque voyageur surmonte-t-il les difficultés liées à la rencontre avec des identités culturelles différentes ? (4 points)

>> Évaluation des compétences d’écriture (10 points)

Selon vous, la découverte de l’autre, source d’enrichissement humain, nécessite-telle un engagement personnel ? Vous répondrez à cette question, dans un développement argumenté d’une quarantaine de lignes, en vous appuyant sur les textes du corpus, sur vos lectures de l’année et sur vos connaissances personnelles.

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