Pokémons, collège, et papillon : la conférence de rentrée de NVB comme si vous y étiez

 

Lundi matin, 9h30, rue de Grenelle, Paris. Dans quelques minutes la conférence de rentrée de NVB va commencer. Sa dernière conférence de rentrée – peut-être. Toute l’équipe de la ministre est là pour accueillir les journalistes. Sur une petite table, près de l’entrée, quelques gobelets et du café – on repassera pour le cliché des journaleux qui se sustentent aux frais de la République. Les bises fusent : entre journalistes Educ’ qui se retrouvent après une longue pause estivale, entre journalistes et attachés de presse du ministère, aussi.

Suis légèrement en retard, mais heureusement il reste encore des exemplaires du « Repères et références statistiques » de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Education nationale). Pas précisément un best-seller, mais tout de même une bible pour les journalistes éducation, qui rassemble chaque année les chiffres de l’EN (consultable en ligne). Avec le « Repères », on me donne aussi un dossier de presse d’un demi-centimètre d’épaisseur (j’ai mesuré), et un poster qui résume les chiffres et les grandes dates de cette année scolaire 2016-2017.

Je rentre dans la salle de conférence : blindée, comme toujours pour ce rendez-vous de rentrée. Les cameramans des télés au fond, sur une estrade, les autres journalistes sur des chaises (j’aperçois mes copines et/ou consoeurs du Figaro, de 20 minutes, de L’Etudiant, de Mediapart, des Echos…). Sur les côtés de la grande pièce aux plafonds dorés, les équipes de NVB, communication, presse, cabinet. Et au premier rang, Florence Robine, la cheffe de la DGESCO (directrice générale de l’enseignement scolaire), numéro deux du ministère de l’Education nationale.

La ministre n’est pas encore là, mais on nous prévient : elle va nous parler 40 minutes, il y aura 15 questions, et pas de « micro-tendu ». Le micro-tendu, c’est ce moment, après la conférence de presse, où les journalistes de l’audiovisuel écrasent les pieds de ceux de la presse écrite pour enregistrer un son, une image. Nous voilà donc privés de micro-tendu. C’est rare. Le motif : « vous êtes trop nombreux ». Ah bon?

La ministre arrive, toute de blanc vêtue. Elle attaque avec ses souvenirs de rentrée, « un jour j’ai rêvé que j’avais oublié de m’habiller et je me retrouvais en pyjama à l’école ». Rires polis dans la salle, « ça vous est arrivé à vous aussi ». Moi, j’ai fait pire : quand j’avais 4 ans, mon père m’a déposée devant l’école avec mes chaussons aux pieds. Je m’en suis rendue compte trop tard – mais pas question d’aller en classe ainsi chaussée, trop la honte. Du coup j’ai traversé la ville toute seule pour aller le retrouver à son travail, en larmes… Mais aujourd’hui, pas de problème, j’ai bien pensé à mettre des chaussures avant de quitter ma maison.

Bref. La ministre a fini de raconter ses souvenirs, et passe à l’attaque, en ironisant sur les maux qui seraient susceptibles de s’abattre sur l’école à cause de ses réformes. Elle dénonce des élucubrations « fantaisistes », et rappelle qu’ « il y aura bien du latin, du grec, de l’allemand à la rentrée », et qu’il n’y aura pas « d’enseignement obligatoire de l’arabe au CP ». On sent bien que Najat Vallaud-Belkacem n’a pas trop apprécié de se faire traiter la veille d’ « Attila de l’éducation nationale » par Bruno Le Maire. Elle lui enverra d’ailleurs un peu plus tard une petite pique, on affirmant que dans le département du candidat à la primaire de la droite, les bourses scolaires ont été supprimées. Mode 2017 activé.

Rendez-vous en 2025 (même jour, même heure, même pomme ?)

Le reste de la conférence se déroule tranquillement entre rappels de ce qui a été fait / annoncé par le ministère de l’Education nationale depuis 2012 (et la liste est longue, on ne peut pas le nier), hommage à la Refondation, et mises au point sur les nouveautés de la rentrée. Et là, la ministre nous prévient, presque en nous engueulant par anticipation : ‘oui’, il y aura une enquête PISA cette année, mais ‘non’, on n’y verra pas déjà les résultats de la Refondation – pour voir l’effet de ces changements sur les élèves de France, il faudra attendre que ceux qui entre en CP aujourd’hui sortent du lycée (ou à peu près). Rendez-vous en 2025, donc. Le pire, c’est qu’elle a raison : la fonction de ministre de l’Education nationale a ceci d’ingrat qu’elle ne produit des effets que longtemps après la prise de poste du dit ministre (sauf quand on augmente les enseignants) (à condition que l’augmentation soit conséquente) (jamais).

A un moment, un papillon est entré dans la salle, dont les portes étaient grandes ouvertes sur le jardin.

Vint enfin le moment d’évoquer la réforme du collège, qui se mettra en place dans tous les collèges de France dès jeudi (enfin, normalement).

« Oui… enfin, pfiou…. »

Et puis arrivent les questions des journalistes (15 maxi, on a dit). La 1ère porte sur l’inégale répartition des bilangues sur le territoire (je vous résume : 100 % maintenues à Paris, 95% supprimées à Caen). Réponse habituelle, continuité vs contournement #Hum. Une autre question sur les expérimentations de secteur multi-collèges pour favoriser la mixité sociale, « est-ce que ça ne va pas augmenter la fuite vers le privé ? » (même question pour la réforme du collège). La ministre dit que non, il n’y a pas de fuite vers le privé, que les chiffres ne le montre pas, et se tourne vers la directrice de la DEPP pour appuyer son propos, mais avec cet air qu’elle prend quand elle veut montrer qu’un sujet ne la dérange pas du tout, alors qu’en fait ça la dérange un peu (hé, à force de la voir au tableau, on finit par la connaitre un peu, quand même). NVB n’oublie pas de rappeler que les collèges privés sous-contrat l’appliqueront eux aussi, cette réforme. Elle reformule bien la question à chaque fois qu’elle répond, pour que les télés aient des prises exploitables. Pro.

Une journaliste lui demande si elle n’a pas peur que ses réformes, collège et rythmes, soient abandonnées en cas d’alternance. J’ai bien aimé sa réponse :

Enfin, la dernière question. Ou presque. Sur les Pokémons.

Le journaliste d’M6 qui la pose concède une question légère; la ministre rigole – en réalité, tout le monde rigole. NVB répond que ‘oui’, elle a bien prévu de rencontrer les responsables du jeu, et se lance dans une explication un peu alambiquée sur les PokéStops, plaisante en disant que « ça va encore faire le tour des réseaux sociaux ». Tu m’étonnes.

Voilà, c’était la conf’ de rentrée de Najat Vallaud-Belkacem, comme si vous y étiez.

EDIT de 11h13. Avant le début de la conf, deux copines journalistes m’avaient confié que leur chef leur avait demandé d’en ramener un article sur les Pokémons, ce qu’elles déploraient, bien évidemment. Plutôt que de bâcher sur « la-ministre-qui-parle-des-Pokémons-alors-qu’il-y-a-des-sujets-plus-graves », nous devrions peut-être nous interroger sur un système médiatique, dont les lecteurs sont partie prenante, qui fait la part belle à ce genre de buzz, et à la polémique sur le buzz. Heureusement, il y a aussi eu des articles sur d’autres thématiques évoquées lors de cette conférence de presse, notamment dans La Croix ou dans 20 minutes. Des articles qui auront sans doute eu beaucoup moins de lecteurs, et beaucoup moins de commentaires que ceux portant sur les Pokémons.

EDIT de 11h28. La vidéo du discours de NVB, et quelques comptes de journalistes Education qui ont LT cette conférence.

 

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