PISA-ci, PISA-là : et les parents, dans tout ça?

Comme je suis journaliste spécialisée en Education (entre autres), et que j’aime bien l’idée de faire bondir une ou deux fois par an les stats de mon blog, je ne pouvais pas laisser passer PISA 2015 sans en faire écho ici. On ne se refait pas (donc, à la fin de ce billet, vous trouverez en téléchargement les deux volumes de près de 900 pages de PISA 2015, la notice résumée en français, et les tests PISA, pour les joueurs).

Mais, avant ça, quelques remarques personnelles.

Le programme PISA (Program for International Student Assessment”) est une sorte de grande opération de benchmarking des systèmes éducatifs mondiaux à l’échelle de la planète.  Au total, environ 540 000 élèves, représentatifs des 29 millions d’élèves âgés de 15 ans scolarisés dans les 72 pays participants à l’étude qui ont passé les épreuves PISA en 2015.

Chaque fournée de PISA a un domaine majeur et des domaines mineurs. Les sciences sont le domaine majeur de l’enquête PISA 2015, et les domaines mineurs sont la compréhension de l’écrit, les mathématiques et la résolution collaborative de problèmes. La publication des résultats de PISA a lieu tous les trois ans depuis 2000. L’étude PISA publiée en ce mois de décembre 2016 reprend donc le résultats des études menées en 2015. Le tout sur 494 pages pour le volume 1, et 472 pages pour le volume 2. Qui seront donc résumés dans les heures qui viennent en « Les élèves français toujours médiocres » ou « Les élèves français sont moyens » (spoiler : peu de chances de voir titrer « Les élèves français sont brillants »).

CaptureTwitter.JPG

De mon côté, je ne vais pas vous faire une analyse détaillée des résultats, nombre de mes excellents confrères et consoeurs journalistes spécialisées en éducation feront ça bien mieux que moi, même si parfois leurs analyses pourront sembler contradictoires ;-). J’avoue que même si j’ai moi aussi reçu hier un peu après 15h les résultats de PISA (sous embargo), je n’ai pas eu envie de proposer ce genre de papier à des rédactions… PISA, c’est quand même un super gros dossier plein de chiffres et de tableaux en corps 8.

Et puis je n’avais pas envie de prendre ma part au déferlement médiatique que provoque PISA (euh… en même temps, qu’est-ce que je fais, là ?). Reste que je suis fatiguée d’avance par le buzz habituel. Exemple : on va sûrement lire ou entendre aujourd’hui que ces résultats sont la preuve de l’échec de la politique éducative du gouvernement actuel. Sauf que les gamins qui ont passé les tests PISA l’année dernière avaient 15 ans en 2015. Leur parcours scolaire n’a donc pas pu être modifié/amélioré/entravé (rayez la mention inutile) par la réforme du collège, entrée en vigueur en septembre 2016, ni par la refondation de l’école, engagée depuis 2013. Encore une fois, je fais confiance aux médias sérieux pour rappeler à ceux qui ne voient le monde qu’en noir et blanc quels étaient les ministres de l’éducation quand les jeunes passés au tamis de PISA l’année dernière étaient en maternelle, en CP, en 6e…

Pour autant, loin de moi l’idée d’affirmer que tout va bien dans le système éducatif français, et qu’il s’est considérablement amélioré depuis 2012. PISA 2015 montre bien qu’en France, les chances de réussite restent corrélées à l’origine sociale des élèves, plus que dans la moyenne des pays de l’OCDE. De plus, dans notre beau pays, beaucoup de profs sont totalement découragés par des injonctions contradictoires, un manque de confiance dans leurs capacités à gérer leurs élèves, et des conditions de travail indignes d’un pays riche. Pourtant, si j’en crois PISA, les élèves sont « meilleurs » en sciences quand le personnel en charge de leur instruction a davantage de responsabilités. Je dis ça, je dis rien…

pisa-sciences

Juste, je voulais m’étonner de la façon dont l’agitation qui entoure la révélation de ces tests peut finalement nier certaines réalités. OK, la Chine « atteint des normes élevées d’excellence ». C’est cool. Mais la Chine, c’est aussi une dictature policière, non ? Et la Corée ? Certes, les jeunes Coréens ont de supers bons résultats scolaires – mais leur taux de suicide crève le plafond, lui aussi. Ce que je veux dire par là, c’est que tout aussi intéressants que soient les résultats de PISA, il est urgent de les mettre en parallèle avec les conditions d’épanouissement des enfants. Et dans ce domaine-là, je ne suis pas certaine que les petits français soient toujours à la fête. Mais cette année, on pourra toujours se rassurer en constatant qu’ils sont plutôt moins absentéistes que les autres…

absentéisme.JPG

C’est à la fois tout ça, et rien de plus, PISA : des stats en veux-tu, en voilà, une foule d’injonctions diverses, un outil de pilotage parmi d’autres, des chiffres qui peuvent être hyper intéressants si on prends le temps de les dépiauter sans arrière-pensée ou idée préconçue.

Mais PISA, c’est aussi de grands absents : les parents. Bon, d’accord dans le volume 2 de PISA 2015, il y a bien quelques pages sur l’investissement des parents (pages 96 à 101). Mais la France y est absente de presque tous les tableaux… D’où ma modeste suggestion pour PISA 2018 : un classement des pays basé sur le développement d’une véritable co-éducation parents-école, et son influence sur la réussite éducatives des enfants. Chiche?

PS : Cette façon d’envisager PISA, peut-être pas très objective, est sans doute liée au fait que j’ai participé la semaine dernière comme parent délégué à un conseil d’administration dans lequel j’ai une fois de plus eu l’impression d’être considérée comme une simple caisse d’enregistrement qui n’a pas à poser de questions. Et aussi avec le fait que c’est la période des conseils de classe et que, comme chaque année, moins de la moitié des parents nous ont retourné les questionnaires de préparation des dits-conseils. Mais c’est tout l’intérêt d’un blog que de permettre l’expression personnelle, n’est-ce pas ?