Pour adhérer à En Marche, « suffit de cliquer ! »

H+24 depuis la révélation d’une partie du programme d’Emmanuel Macron. J’ai eu envie de vous raconter le déroulé de l’une des réunions publiques des « comités locaux » à laquelle j’ai participé il y a une quinzaine de jours, dans la ville où j’ai grandi. J’y suis allée par pure curiosité, dans les basques de ma mère qui s’y était inscrite, car je suis étonnée de constater l’engouement que provoque « Emmanuel » sur pas mal de membres de mon entourage (ma TL de proches se répartissant assez équitablement entre pro-Macron, et pro-Fillon -personne n’est parfait). Bref, je vous raconte. 

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La réunion était prévue à 18h. Une petite salle d’une centaine de places a été réservée au rez de chaussée de la médiathèque de Saint-Lô, préfecture de la Manche, Normandie. A l’heure dite, guère plus de 20 participants, et trois journalistes de la presse locale. Avec 20 bonnes minutes de retard, de quoi faire gentiment râler ma voisine de gauche et mon voisin de droite, « la réunion publique départementale » commence enfin. Entre temps, les sièges se sont garnis de 60 ou 70 personnes supplémentaires, et deux délégués locaux d’En Marche! ont punaisé au mur une affiche de campagne de leur candidat.

« Vous venez d’où ? » me demande mon voisin de droite

La réunion commence. Elle est animée par un middle-trentenaire, bien mis de sa personne comme aurait dit ma grand-mère. Lunettes, boucles semi-sauvages, jean et veste mieux coupé que la barbe, badge noir « En marche » accroché au revers. Il se présente comme « consultant » de profession.

L’objet de la « rencontre » : « un point d’échange tous ensemble, autour de cette dynamique collective qui porte En marche ». Quelques chiffres sont donnés : 630 adhérents pour le département de la Manche, une hausse de 47% en un mois, « des personnes de droite, de gauche, des écolos, des radicaux ». Je le note.

« Ah, vous êtes une espionne! » glisse mon voisin #bingo

Derrière l’animateur de la soirée défile un Power point doté d’un code couleur bleu, façon affiches de feu le RPR. Sur les slides agrémentées de photos du leader, tous les éléments de langage du mouvement, distribués avec beaucoup de conviction: « dynamique citoyenne sans précédent », »ateliers de co-construction », « reprise en main de notre expression démocratique », « organisation horizontale et pas pyramidale », « 100 000 Français rencontrés, 25 000 questionnaires retournés », « 188 000 adhérents, deuxième force politique du pays » (pas mal pour un non-parti).

L’assistance est très sage (exception faite de mon voisin), d’une homogénéité étonnante – presque uniquement des hommes, sexagénaires. J’ai compté: moins de 10 femmes, dont ma mère et moi, la majorité d’entre elles étant venue en couple (sauf ma mère et moi). Je comprends d’autant mieux l’appel aux candidatures féminines lancé par Emmanuel Macron fin janvier…

C’est déjà le moment de se présenter pour chacun des délégués locaux du département. Et c’est Erick qui commence – sexagénaire, descendant de viking coiffé d’un chignon gris, ancien informaticien à la retraite, aujourd’hui artiste peintre. Installé sur la côte est, du côté de St Vaast La Hougue, il se décrit comme un déçu de mai 68, déçu de mai 81 -l’assistance rigole poliment. Il dit avoir trouvé dans En Marche! « un mouvement humaniste », qui a « envie de faire quelque chose ». Les présentations s’enchaînent, on sent bien qu’il y a là beaucoup de gens qui découvrent l’exercice concret de la chose politique, de l’autre côté des bulletins de vote.

« ça manque de belle blonde ! » souffle mon voisin #hum

Justement, une blonde, ou presque, prend la parole. Septuagénaire en veste de tailleur style Chanel et bijoux dorés. Elle n’est « pas de la région », mais quand elle a découvert Carteret, sur la côte ouest, la dame a décidé de s’y installer. Elle explique qu’elle a travaillé 40 ans, que le travail ne lui a jamais fait peur, « d’ailleurs j’ai été baptisé à Notre Dame du Travail ! ». Petits rires polis again (mais pour une assistance de Manchots, c’est déjà une grosse ambiance). La dame enchaîne et s’inquiète beaucoup de la « déliquescence » de notre pays, qui laisse trop de gens exclus, du poids des impôts « enfin, pour les 47% qui le paie ». Et en remet une couche : « on nous fait plein de belles promesses mais après on oublie, alors que quand il faut payer les impôts, ça, ils savent nous retrouver !! ». Elle « ne veut plus de cette France-là »,  et pour tout changer « il faut partir de la base pour faire avancer les idées, ce qui n’est pas évident, croit-elle savoir, dans « un département traditionnel comme la Manche ». Petit moment de gêne dans la salle (j’entends presque les cerveaux de l’assistance formuler un : « c’est qui, une parisienne ?! »).

Heureusement, allelulïa, parmi les intervenants de la soirée, il y a aussi celui qui est présenté comme le « pro de l’équipe », Stéphane Travertconseiller régional PS, député de la Manche. On sent l’habitué qui sait par quel bout prendre son auditoire : « La Manche n’est pas un département en retard, reprend-t-il, mais il y a cet ‘esprit de bocage’ : on regarde, on ne se précipite pas, on se renseigne d’abord ». Pas faux. Je checke rapidement son compte Twitter, où ce délégué national d’En Marche! a affiché un portrait d' »Emmanuel ». Mais sur son site de député figure toujours à la une une photo de Benoît (Hamon).

« Moi je viens de Cherbourg » m’informe mon voisin #sortezle

Les présentations continuent. Après l’outing de deux anciens fans  de Ségolène Royal, on découvre que les représentants locaux d’En Marche comptent également dans leur rang deux juppéistes qui ont viré leur cuti après l’échec de leur poulain à la primaire de la droite (et qui doivent drôlement cogiter depuis deux jours…). Un autre intervenant, commerçant à Avranches (la plus belle ville du monde, dans le sud du département) explique qu’il n’a pas de sensibilité de gauche mais que Macron a pris des initiatives qui lui ont plu (on ne saura pas lesquelles), « il a compris beaucoup de choses » (on ne saura pas quoi), « et puis quand même il est pour l’Europe ». Un autre lâche : « Les élections, ça se gagne au centre ». Un autre encore : « Il faut aider les gens qui veulent entreprendre », « soutenir les entrepreneurs », « ne pas bloquer les entreprises ». On a compris l’idée.

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Vient le temps des questions. Si, c’est écrit sur le Power point. Discrètes, les questions. « Le programme? ».  « Y’en a un ! rassure Stéphane Travert. Mais on n’est pas obligé de le dévoiler parce que les journalistes le demandent ! (rires dans la salle) (sauf moi). Regardez Bruno Le Maire : il a beaucoup travaillé sur son programme, il l’a présenté en une seule fois, très tôt, et ça a fait quoi, une brève dans le journal ? Et en plus tout le monde est allé piller ses idées. Nous, on a une autre stratégie, on donne des éléments au fur et à mesure de nos déplacements, et le programme sera présenté début mars ». Hier, donc.

Avant de se séparer, quelques conseils à l’adresse de ceux qui seraient volontaires pour aller tracter sur les marchés – parce que bon, l’objectif de cette réunion, c’est bien de recruter des bras. « Nous aurons besoin de monde » confirme l’un des messieurs sur l’estrade. « On vous expliquera comment répondre aux questions des gens », rassure un autre. Et si après cette gentille réunion, on a envie d’adhérer, comment on fait ? « C’est très simple », commence le consultant aux jolies boucles…

Et là, mon voisin de glisser : « Suffit de cliquer ! ».

 

 

 

 

 

 

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