Quand il faut rendre les livres (fin de partie au ministère de l’Education nationale)

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Mardi 25 avril, au ministère, c’était « moment convivial Off » pour les journalistes Education. Nous avions été invités par celle dont le portrait sera bientôt accroché juste à côté de celui de Benoît Hamon, dans le grand escalier qui mène à son futur ex-cabinet, rue de Grenelle. Je te raconte (si tu es allergique aux Bisounours ou un troll qui s’ignore, je te déconseille de lire cet post) (tu es prévenu).

L’invitation, inhabituelle, avait été envoyée une semaine plus tôt, par celui qu’elle appelle « John ».

mail Jonathan

L’astérisque renvoyait vers une note de bas de mail :

Blague

Une private joke uniquement accessible au personnel de l’éducation nationale et aux journaleux qui aiment à se pencher sur la question éducative : la DEPP est une grosse machine pleine de chiffres et de gens dont nous guettons chaque publication pour y trouver confirmation ou infirmation de tel ou tel constatation faite sur le terrain (ouais, on sait rigoler, chez les journalistes éduc’).

Bref. A l’heure dite, nous étions une bonne vingtaine de journalistes, les conseillers de la ministre, et tous les membres du service de presse, réuni dans un petit salon bleu ciel, décoré d’un tapis siglé « MDR ». Et tu sais quoi ? C’était vraiment convivial, ce moment. Même un peu émouvant, tiens, comme à chaque fois qu’une page se tourne et qu’on ne sait pas trop ce qu’on va trouver sur la suivante (*imagine un ministre de l’éducation nationale d’extrême droite*).

La ministre avait préparé un petit discours (enfin, 3 pages écrit petit, quand même). Elle arrivait tout droit de la préfecture de Police de Paris, où la nation avait rendu un hommage national au policier Xavier Jugelé. Est-ce le trop plein d’émotions lié à ce moment poignant, la fatigue, le stress de la dernière ligne droite du premier tour, la présence de toute son équipe, bientôt éparpillée vers d’autres missions…? Elle s’est lancée au micro et a été obligée de marquer une petite pause, visiblement émue.

Elle s’est vite reprise. En bonne élève qu’elle est, toujours dans la maîtrise. Elle a plaisanté, justement, sur le fait que nous l’avions souvent ainsi qualifiée, dans nos papiers : »Bonne élève, moi ? Alors que notre agenda ne vous parvenait pas toujours à temps, alors que je n’ai jamais respecté le nombre de signes dans mes tribunes, alors que dans les moments les plus hardus j’ai pu organiser plusieurs conférences de presse en une semaine ? ». « NVB » nous a aussi taclé sur le fait que lorsqu’elle organisait des déplacement le vendredi, il y avait toujours beaucoup moins de monde – en oubliant peut-être un peu vite que beaucoup d’entre nous auraient sans doute aimé la « suivre » plus souvent, mais que l’Education est rarement un sujet prioritaire dans les journaux (sauf bien sûr quand il s’agit d’écrire des papiers en deux heures sur le mode « Pour ou contre les notes à l’école »).

Et justement, la ministre a parlé du temps long. Celui de l’école, celui qu’il faut pour attendre de voir les effets d’une réforme de l’éducation, « le même temps long que vous les journalistes réclamez pour bien travailler ».

Et puis, le discours fini, on a causé. Et là, tu vois, c’est à ce moment-là que le mot « off » prend tout son relief. On passe dans une autre dimension. On se regroupe autour d’elle en petit tas, on tend l’oreille pour bien entendre. Parce qu’elle n’a pas une voix de stentor, la ministre. Nous, on voulait surtout savoir si elle a une idée du programme d’Emmanuel Macron pour l’éducation (« je ne pense pas qu’il changera beaucoup de choses »). Une journaliste a souligné qu’on ne savait toujours pas qui constituait le groupe de travail Education des Marcheurs. On lui a aussi demandé si elle avait eu l’occasion de travailler / d’échanger avec Macron quand il était ministre (« pas vraiment »). L’une d’entre nous lui a demandé si elle était prête à rempiler, avec la tête de quelqu’un qui réfléchit à son post de blog. NVB n’a pas dit ‘oui’. On lui a demandé si elle avait une idée du nom de son successeur (« non, et vous ? »). Des noms ont été balancés. Celui du directeur d’une grande école de Cergy notamment (je te vois, journaliste non spécialisé en Educ’, taper frénétiquement dans Google « directeur grande école Cergy »).

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Là, tu vois, c’est nous, en train de discuter. Le jambe de la ministre, c’est celle qui est habillée d’un collant gris. Il y a aussi les pieds de Médiapart, de l’AFP, du Café Pédagogique…

La ministre a aussi passé quelques messages sur les deux sujets pour lesquels elle espère qu’il y aura un « portage » : la lutte contre la pédophilie et le harcèlement à l’école. On a parlé de ce que c’est que d’être ministre de l’éducation ET mère d’élève. Elle a évoqué ses jumeaux, un gars-une fille : « Je les élève de la même manière, et pourtant il y en a un qui adore l’école, et l’autre pas du tout. C’est pour ça que je pense qu’il ne faut pas attaquer les parents, même quand on veut bien faire, il y a des choses qui nous échappent ».

Bref, la salle se vidait, et les échanges devenaient plus faciles à suivre. Je lui ai touché un mot de mon projet de documentaire, ça a semblé l’intéresser. Elle m’a demandé pourquoi j’avais quitté L’Express, (« du cul, du LOL, du jeux concours, Mme la ministre ») (naaaan, je rigole, j’ai pas dit ça, et je n’ai même pas parlé de Jonathan Livingston*) (quoique).

Voilà. On se retrouvera dans 10 jours, dans la cour toujours aussi symboliquement en chantier du ministère de l’Education, pour la passation de pouvoir entre Najat Vallaud-Belkacem et son/sa successeur. Juste avant de partir, en descendant l’escalier, un des membres du service de presse m’a glissé en montrant ce grand mur décoré des austères portraits noir et blanc de tous les ministres de l’éducation, tous des hommes : « Elle a demandé à ce qu’on affiche sa photo en couleurs « .

 

*Jonathan Livingston, le goéland (tu l’as ?).

 

EDIT du 17 mai : Finalement, c’est son portrait en noir et blanc que Najat Vallaud-Balkacem a accroché elle-même dans l’escalier de la rue de Grenelle, mardi 16 mai. Un portrait classique, mais devant les deux drapeaux français et européens, une nouveauté par rapport à ses prédécesseurs.

Copyright « John ». Merci à lui.

J’ajoute que comme sous-entendu dans ce post sans aucune subtilité, c’est effectivement  Jean-Michel Blanquer, directeur de l’ESSEC, grande école installée à Cergy, qui a remplacé NVB au ministère de l’Education nationale.

 

Lire aussi :

>> « La conférence de presse de rentrée, comme si vous y étiez« 

>> Si tu veux lire un court papier bilan de la Refondation, tu peux aller ici

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