« On attend le bus » (une histoire de beurre et d’épinards)

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(première publication août 2016 sur The Mauwette post)

 

Il est 6 heures du matin, et je suis réveillée par des claquements de portière et des éclats de voix rocailleuse.

Hier soir, après une bonne pizza arrosée d’un verre de Gaillac, nous avons décidé de nous poser pour la nuit sur le parking de la salle des fêtes de la ville du même nom. Dans le Tarn.


Des quinquas à vélo très sympathiques, croisés près de la borne de service des CC, nous avaient rassurés sur les mœurs locales, pas hostiles aux camping-cars. Cool. Autant il est facile de se trouver des endroits pour dormir dans la montagne, autant, en ville, caser un bouzin de 7,30 mètres pour la nuit est parfois moins évident. Le camping-cariste n’est pas toujours le bienvenu (alors même que c’est sans doute l’un des types de vacanciers qui consomment le plus « local »).


Bref, nous étions bien tranquille, sur le parking arboré de la salle des fêtes de Gaillac, jusqu’au réveil, à l’instant, à 6 heures du matin.

Je lève l’un des stores du CC et j’aperçois une vingtaine de baby-boomers, et aussi quelques femmes plus jeunes. Ça discute et se salue joyeusement, avec cet accent chantant qui a le don de mettre de bonne humeur le visiteur du Nord – même à l’aube. Je remarque que tout ce monde est équipé d’énormes sacs. Vides, les sacs. Quitte à être réveillée, autant aller leur demander ce qu’ils font tous là, au croisement des rues Philippe Noiret et Claude Nougaro, à une heure pareille.

« On attend le bus » me dit une dame, sur le ton de l’évidence. « Le bus pour où ? », je demande. « Bah, pour le Pas de la Casa ! » qu’elle me dit, en rigolant. Et là, dans mon cerveau pas réveillé, tout s’éclaire: ces voyageurs matinaux sont en partance pour Andorre. Pour y acheter des cigarettes et des bouteilles d’alcool, bien moins chères qu’en France. De quoi dégager une petite marge à la revente, de retour dans le Tarn. Du beurre dans les épinards des petites retraites. « On part à 6h30, on sera revenus à 17h, précise mon informatrice. À 18 euros l’aller-retour, le prix du ticket de bus est largement amorti ».

D’où les gros sacs. Une fois remplis de clopes et de bouteilles, leurs propriétaires attendent que le bus reparte pour Gaillac. Pas de visites ou de tourisme sur place : « Y’a pas grand chose à voir et on connaît déjà ».

Je me suis rendormie moins bête.

Jusqu’au deuxième réveil, à 7 heures, à cause des cloches de l’église d’à-côté, qui sonnaient l’angelus… Les vacances en camping-car, c’est l’aventure. Et la vraie vie dans ta face, aussi, parfois.

 

Vu du ciel > 43°54’03.5″N 1°53’38.0″E (c’est quoi, « Vu du ciel » ? Cf The Mauwette post, mon autre blog)

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