#VisMaVieDePigiste #3 « Quand on s’accorde des vacances » (et pourquoi j’ai démissionné d’un CDI)

Pour ce troisième épisode de #VisMaVieDePigiste, je vais encore te parler d’argent. Et de vacances. Et de Jonathan Livingston le goéland. 


Ce qu’il y a de vraiment bien, quand on est journaliste pigiste, c’est qu’on peut organiser son temps comme on le souhaite, et fixer ses dates de vacances sans attendre la validation de son chef. Librement. En théorie. Parce qu’il faut quand tenir compte de deux types d’impératifs. D’abord ceux liés aux délais de bouclage à rallonge de nos différentes rédactions – ah, ces papiers bouclés/validés/formidables, mais qui 15 jours après la relecture nécessitent une « toute petite » précision… Et puis il y a aussi l’impératif financier – difficile de partir en vacances quand on n’a pas d’argent pour les payer. Parlons d’argent, donc.
L’été, c’est l’heure du bilan. Ces six derniers mois, j’ai réussi à atteindre voire dépasser le minimum de revenu que je m’étais fixé en quittant mon CDI à L’Express, il y a un an. Soit environ 70% de mon salaire d’alors, en moyenne. Mais soyons précis : si je compare mes revenus d’aujourd’hui avec ceux que j’avais il y a deux ans, quand je cumulais poste fixe à L’Express et piges quotidiennes à France Info, ils ont été divisés par 2,5… Comment peut-on se satisfaire d’avoir vu ses revenus baisser ? Il faut peut-être préciser que lors de ma saison la plus intense (2014/2015), je pouvais enchaîner réveil à 5h30, desk au web de L’Express de 7h à 14h30, puis écriture et enregistrement de mes chroniques quotidiennes à Radio France, de 15h à 20h, retour au bercail à 21h30. Et j’y retournais certains samedis. Et les jours fériés. Je pense que je travaillais plus de 60 heures par semaine. J’étais épuisée, mais c’était très motivant professionnellement. Je ne voyais pas ma famille, mais je gagnais des sous. J’ai alors constaté qu’avoir le beurre et l’argent du beurre (= une vie pro très dense et une vie privée au top), c’est compliqué. Possible, sûrement, mais pas évident.

Et puis pendant cette année très dense, il s’est passé un truc. Un voisin de bureau à Radio France qui cumulait encore plus que moi a eu un pépin de santé. J’ai commencé à me poser des questions. Quand ma collaboration avec France Info s’est arrêtée en juillet 2015, j’ai cru que je retrouverais vite ma légendaire énergie en me concentrant uniquement sur L’Express. Mais j’avais sans doute déjà grillé une bonne partie de mes cartouches. Et en même temps (!) le cumul d’activités papier/web/radio auquel je m’étais habituée au fil des années me manquait. Voilà pourquoi, quelques mois après avoir vidé mon bureau de Radio France, j’ai décidé de prendre la clause de cession de L’Express, pour redevenir journaliste freelance (« journaliste pigiste », en bon français). La clause de cession est un dispositif qui permet aux journalistes dont le journal a changé d’actionnaire de démissionner en bénéficiant des conditions d’un licenciement. Une prise de risque certes, mais une prise de risque mesurée. Un genre de cadeau que je me suis fait à moi-même, en me rappelant cette phrase de Jonathan Livingston (le goéland):

« Nous sommes libres d’aller où bon nous semble et d’être ce que nous sommes« .

Cette décision était tout sauf un coup de tête : ayant déjà été pigiste 10 ans avant d’intégrer le groupe Express Roularta, j’ai parié sur le fait que les rédactions se vidant, il y avait un marché à conquérir pour les journalistes pigistes expérimentés dotés d’un bon carnet d’adresses, et toujours de bonne humeur 🙂

Pigistes s'autorisant une petite pause pour mieux trouver l'inspiration (allégorie) #vismaviedepigiste #journalisme

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Depuis que j’ai démissionné, beaucoup de confrères et consœurs journalistes encore en poste m’ont raconté être eux aussi tentés par la pige. C’est peut-être ton cas à toi aussi, lecteur non journaliste (personne n’est parfait), peut-être es-tu tenté par la vie de freelance ? Cette longue digression est donc là pour te dire que je crois qu’un départ à la pige ou en freelance se décide davantage en fonction de son parcours personnel que des circonstances. Ce n’est pas parce que tu peux le faire (licenciement, rupture négociée) qu’il faut le faire. Il faut être « mûr », comme le fruit : être arrivé à un point de sa vie pro où le lâchage du CDI est moins risqué que le fait de s’y accrocher. En revanche un conseil de base si ta décision est prise : il faut impérativement renégocier ton crédit immobilier AVANT de lâcher ton CDI ! (ce que j’ai fait, coucou ma banque).

Mon parcours fait qu’aujourd’hui, je suis donc contente de gagner « seulement » 70% de mon dernier salaire en poste, car 1/ cela me suffit pour assumer ma part du budget familial et 2/ je suis beaucoup-beaucoup-beaucoup moins stressée. Quand je ne suis pas en reportage ou en interview, je travaille depuis le petit cocon que je me suis aménagé chez moi. Aussi, je redécouvre que j’ai trois enfants à la maison, et un mari – il était temps. Je refais des déjeuners, je revois des amis, j’assiste à nouveau à des conférences ou des évènements qui m’intéressent sans obligation de faire un papier derrière. Essentiel pour faire du bon journalisme. La fatigue accumulée au fil de ces années un peu dingues a disparu, même s’il m’a fallu attendre plus d’un an pour être à nouveau capable de faire mes 2 kilomètres de natation par semaine. Mes cartouches sont à nouveau pleines ! J’ai quelques piges régulières avec des rédacteurs en chef de qualité sur des sujets qui me plaisent. Beaucoup de projets côté papier, web, son, images qui bougent. Le luxe.

Bon, tout ça n’empêche pas de se poser des questions. Par exemple quand arrive ce qui doit arriver, de quoi ébranler mes belles convictions : il y a peu on m’a proposé un poste de rédactrice en chef pour un nouveau journal qui devrait être en kiosque avant l’hiver. Un très beau projet, emmené par un journaliste très bienveillant et exigeant. Travailler beaucoup ne me fait pas peur (surtout si c’est pour refaire de la radio / hashtag appel du pied). Le risque lié au fait de s’investir dans un projet encore balbutiant, non plus. Mais reprendre un poste à responsabilités, ne plus aller sur le terrain… c’est un peu trop tôt. J’ai envie de m’accorder encore une rallonge de quelques mois de pige en solo. Après, sans doute, il y a des chances pour que mon besoin de collectif se fasse à nouveau le plus fort. En 2018 peut-être ? Quoi qu’il arrive, ce nouveau passage à la pige aura été plus que profitable – salvateur.

En attendant, en accord avec moi-même, j’ai décidé de m’accorder des vacances.

Je te souhaite un bel été !

Coccinelle #dansmonjardin

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