Activités extra-scolaires : « Et le tien, il fait quoi, comme activité, cette année ? »

 

Poterie, éveil musical, méditation, yoga, violon, code informatique, chinois, judo… Le marché des activités extra-scolaires se porte bien, notamment dans les grandes villes. Un enfer pour les parents qui ne savent plus ni quoi choisir, ni comment faire pour obtenir une place, quand certaines activités surcotées sur le marché de la valorisation enfantine imposent des listes d’attente dès le mois de juin.

C’est que dans certains milieux favorisés, ne pas inscrire son enfant à une activité culturelle et/ou sportive à chaque rentrée semble quasiment relever de la maltraitance. Il faudrait que Lulu fasse de la musique dès deux ans sinon il ne développera pas une oreille musicale; il devra aussi commencer dès 6 ans un sport co’ sinon il ne développera pas le sens du collectif. Nous le savons tous, cette frénésie d’activités extra-scolaires dissimule très souvent une inquiétude des parents quant au devenir de leurs rejetons : la vie est une compétition, la scolarité une course d’obstacles, et un enfant qui fait plein d’activités extra-scolaires sera « plus épanoui », et donc « mieux armé » pour réussir plus tard (« réussir » quoi, ça fera l’objet d’un autre billet). Les emplois du temps de ministre des enfants de cadres ne sont souvent que l’expression la plus concrète d’une forme de pression scolaire qui pèse autant sur les parents que sur les enfants.

Les trois fantastiques à la pointe de La Torche, en Bretagne, un jour de pluie
Bon bol d’air ou cours d’éveil musical ? (à La Torche, en Bretagne)

Rien de mal à vouloir offrir le meilleur à ses enfants, je ne juge pas. Mais posons-nous deux minutes et constatons: après avoir réussi à arracher une place pour inscrire Lulu a son cours d’éveil musical, les ennuis ne feront que commencer pour la mère de famille les parents. Désormais toutes les semaines, voire plusieurs fois par semaine, il leur faudra trouver le temps de préparer Lulu pour son cours, emmener Lulu à son cours, aller chercher Lulu à son cours (je passe sous silence la phase remplissage de feuilles de renseignements, quête du certificat médical, achat du matériel indispensable dans la couleur et la matière exigée par le prof, à multiplier par le nombre d’enfants et d’activités). Au bout de quelques mois il y a fort à parier qu’il faudra aussi motiver Lulu pour qu’il accepte d’aller à ce même cours si chèrement réglé d’avance par ses parents…. Je suis certaine que, vous aussi, vous connaissez de mères des parents au bord du burn out qui passent leur mercredi « off » ou leur avant-soirée à faire le taxi entre différentes activités. Et je ne parle pas de la fatigue des gamins plus grands qui doivent se coller aux devoirs au retour du cours de musique ou de l’entraînement de foot, à 21 heures. Avez-vous vraiment envie de vous infliger un rythme de vie aussi dingue ?

Résistez à la pression, les amis. Ne cédez pas à l’emballement, surtout si vos enfants sont encore petits. J’ai une solution radicale pour vous, issue de mon expérience de mère de trois enfants en région parisienne. Cette solution est simple: cette année, renoncez à la course aux activités extra-scolaires. Ou au minimum n’en ajoutez pas une nouvelle à la longue liste de celles déjà pratiquées. Et n’inscrivez vos enfants à des activités à l’extérieur que lorsqu’ils seront capable d’en faire la demande claire, et motivée.

Et leur « épanouissement » me direz-vous ? Fastoche : avec toute l’énergie et l’argent gagné en disant « non » aux cours d’anglais et de taï chi, vous allez pouvoir leur proposer plein de petites activités sympas à faire avec Papa et Maman pendant les week-ends : visites, courses au marché, balades, sorties dans la nature avec une paire de jumelle, tour de vélo, musées, peinture, bricolage, patouillage, … Je tiens en effet de source sûre que des activités pas bien compliquées ni très onéreuses partagées avec son Papa et/ou sa Maman en prenant son temps sont une bonne source d’épanouissement pour tous les enfants. Vous n’êtes pas branché « sport » ou « dessin » ? Pas grave, les pratiques sportives et culturelles sont justement au programme officiel de l’Education nationale, l’école peut « aussi » être une source d’épanouissement et de découvertes. Sinon à quoi ça sert que les profs de dessin et de musique se décarcassent ?! Et du coup, à vous les projos de films sous la couette couronnées de crêpes maison (250 gr de farine, 3 œufs, 1/2 litre de lait et un peu de beurre fondu salé) (de rien). Fini la culpabilisation , vive la belle vie.

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– Et maintenant, on fait quoi ? – Rien, on regarde, on admire, on ouvre ses yeux, on profite du temps présent… – Et après on mangera une gaufre ? (à Thonon-les-bains, en Haute-Savoie)

Quand vos enfants seront plus grands et que la perspective de faire de la pâte à sel avec leurs parents ne les fera plus sauter sur place, il sera toujours temps de les inscrire à des cours de musique ou d’escalade, s’ils en ont VRAIMENT envie. Sans négliger à partir du collège les activités proposées par l’association sportive de l’établissement : ça ne coûte pas bien cher (30 euros/an ici dans le public), ils sont plus autonomes pour se gérer, etc, etc. Idem avec la possibilité d’aller voir des spectacles en soirée avec les profs, pour des tarifs qui, là encore, défient toute concurrence.

Disclaimer : Ayant notamment à la maison un modèle d’enfant de sexe masculin de 12 ans et demi qui est toujours partant pour une opération « croquis sur le vif » avec sa mère au parc du bout de la rue, ou un AR au Louvre juste pour voir La Joconde, ou une partie de vélo avec son père, je ne suis pas loin de penser que c’est le fait d’avoir protégé nos enfants des emplois du temps surbookés quand ils étaient petits qui nous permet aujourd’hui de toujours pouvoir « faire des choses avec eux », bien qu’ils soient désormais des ados (pourvu que ça dure) (c’est peut-être juste une question de chance, la parentalité est aussi une loterie). Mais je dois confesser aussi que le même modèle inscrit au judo il y a 3 ou 4 ans a fini par abandonner faute de motivation suffisante de ses parents pour le traîner à son cours en début de soirée le vendredi… J’espère qu’il ne nous en voudra pas toute sa vie.

Evidemment, tout cela est facile à écrire, moins évident est de résister à la pression de l’entourage à chaque rentrée : « Et le tien, il fait quoi cette année ? ». Tenez bon les mamans * ! Résistez les filles, soyez égoïste, laissez vos enfants s’ennuyer, laissez leur apprendre à ne pas avoir peur d’un emploi du temps vide, c’est bon pour l’imaginaire, et c’est bon pour vous – préservez le rythme de vie de votre loulou, c’est aussi gagner du temps pour vous. Et face à l’opprobre générale, vous tiendrez votre revanche quand au prochain repas de famille vos enfants seront les moins épuisés de toute la tablée. Ou quand l’aînée bouclera son premier triathlon un an seulement après avoir commencé l’entraînement de natation. Ou bien encore quand la cadette impressionnera par sa maîtrise du piano en ayant commencé soit-disant « trop tard » – à 13 ans. Signé : une mère de trois loulous qui sont assez grands maintenant pour remplir les fiches d’inscription tout seul. Non mais.

 

*On ne va pas se mentir, ce sont encore majoritairement les mamans qui gèrent tout ce bouzin. Que les papas qui s’y collent ne me jettent pas la pierre (bisous, chéri !).

PS : Une remarque sur Twitter me fait réaliser que je n’ai pas répondu à la question que je pose dans mon titre. Donc, chez moi, cette année, l’aînée va reprendre l’entraînement de son côté pour refaire un triathlon l’été prochain et elle va peut-être commencer le taï-chi; la seconde prend des cours de piano depuis un an et va faire du badminton avec le lycée; le petit dernier fait de la batterie, le samedi matin. Les deux grandes vont aussi essayer de motiver suffisamment de participants pour lancer une section hand à l’AS du lycée – elles en faisaient à l’AS du collège… ça fait beaucoup ? En nombre d’heures, non, d’autant que l’AS est sur le temps de midi. C’est compliqué à gérer ? Non plus, parce qu’à part le petit dernier, tout le monde se débrouille pour vaquer à ses activités en toute autonomie. Ils ont 16, 14 et 12 ans…nous ne faisons pas (trop) les taxis. CQFD. Ça coûte un bras ? Toujours moins que les cartes Imagin’R (900 euros pour les 3 enfants).

(Et sinon, moi je nage à peu près mon kilomètre chaque semaine, objectif deux par semaine d’ici Noël) (rien à voir avec le sujet de ce post, c’est juste un moyen de me mettre la pression pour aller nager).

PS 2: Merci à Géraldine Dormoy-Tungate qui par une question sur sa page Facebook m’a inspiré ce post de blog. Son blog à elle > le célèbre Café Mode.

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